Un lanceur d’alerte entravé par la justice : les politiques sont-ils au-dessus des lois ?

TRANSPARENCIA LANCE UN CROWFUNDING sur le compte BE75 0017 9318 595 POUR AIDER UN EX CONSEILLER COMMUNAL À SE POURVOIR EN CASSATION SUITE À UNE PLAINTE PÉNALE QU’IL A DÉPOSÉE MAIS QUE LA JUSTICE LIÉGEOISE RECHIGNE À TRAITER. CETTE PLAINTE POUR ESCROQUERIE, ABUS DE BIENS SOCIAUX ET DÉPENSES ÉLECTORALES DOUTEUSES VISE VALÉRIE MAES (PS), LA NOUVELLE BOURGMESTRE DE SAINT-NICOLAS.

A Liège, ville où Stéphane Moreau est le parrain de la fille du procureur du roi Philippe Dulieu, la justice protège-t-elle les politiciens PS de plaintes pénales pourtant bien documentées ? A écouter l’histoire hallucinante de Roger Boeckx, on pourrait le croire. Fin octobre 2018, cet ex-conseiller communal de Saint-Nicolas (commune de 24.000 habitants entre Liège et Seraing) a déposé une plainte avec constitution de partie civile entre les mains du juge d’instruction financier Philippe Richard.

Dans son viseur : la candidate bourgmestre Valérie Maes (PS), élue le 14 octobre dernier. Motifs de la plainte ? Violation de la loi sur les dépenses électorales, escroquerie au certificat médical, abus de biens sociaux, en zo voort (lire ci-dessous). Cette plainte est détaillée et contient un grand nombre de pièces probantes qui mériteraient à tout le moins que la justice se penche dessus. Mais c’est exactement le contraire qui s’est passé : moins de trois semaines après ce dépôt de plainte, le parquet du procureur du roi rédige un « réquisitoire d’irrecevabilité » et saisit la chambre du conseil pour tenter d’enterrer rapidement l’affaire.

Mais la chambre du conseil ne l’entend pas du tout de cette oreille. Elle balaie ce réquisitoire d’irrecevabilité et considère au contraire que la plainte de Roger Boeckx est parfaitement recevable : « la partie civile a un intérêt à tout le moins moral de demander des explications notamment quant aux dépenses électorales », lit-on dans l’ordonnance du 11 février 219 de la chambre du conseil. C’est une gifle pour le parquet, qui va directement en appel devant la chambre des mises en accusation, comme Valérie Maes. Et là, on bascule dans la quatrième dimension ! Roger Boeckx ne recevra jamais sa convocation pour l’audience du 20 mai de la chambre des mises : le recommandé est revenu à l’expéditeur (la cour d’appel de Liège) avec un sticker « Ne reçoit pas/plus le courrier à l’adresse indiquée » :

Pourtant, Roger Boeckx habite bien depuis 2014 à l’adresse indiquée, qui est parfaitement exacte. Quelqu’un a-t-il induit volontairement le facteur en erreur ? Celui-ci n’a en tout cas même pas laissé d’avis de passage dans la boite aux lettres de Roger Boeckx. Pourtant, des avis de passage pour aller chercher un recommandé à la poste, l’ex-conseiller communal en reçoit chaque semaine : il en a reçus quelques jours avant et quelques jours après le jeudi 2 mai, date à laquelle il aurait dû réceptionner ce recommandé crucial posté le mardi 30 avril, le cachet de la poste faisant foi comme dirait l’autre.

Bref, n’ayant pas reçu sa convocation, il n’a pu se rendre à l’audience du 20 mai de la chambre des mises en accusation. Cette dernière a donc statué sans lui. Il n’a ainsi pas pu plaider sa cause… Son référent, le juge d’instruction auprès duquel il avait déposé sa plainte, n’a pas non plus été averti de la date de l’audience. Il n’a pas pu la communiquer à Roger Boeckx qui lui a réclamé cette date à plusieurs reprises.

Résultat : sur base d’arguments pour le moins contestables émis par le parquet général et le ténor du barreau Me Adrien Masset (l’avocat de Valérie Maes, qui est aussi celui de plusieurs socialistes dont le fameux Stéphane Moreau du scandale Publifin), les juges ont estimé, dans leur arrêt du 17 juin, que Roger Boeckx ne pouvait pas se constituer partie civile. Ils l’ont donc condamné à payer à Valérie Maes la somme de… 2.880 euros (2 x 1.440 euros) à titre d’indemnités pour les deux procédures (chambres du conseil et chambre des mises). Des procédures sollicitées par le parquet et par Valérie Maes ! Sa constitution de partie civile lui ayant déjà coûté 125 euros, l’ardoise dépasserait ainsi les 3.000 euros pour une plainte étayée qui n’a vraiment rien de farfelu !

Désormais, la toute dernière chance de Roger Boeckx est d’introduire un pourvoi en cassation avant le délai légal, soit ce 1er juillet. Pour ce faire il vient de prendre contact avec un avocat bruxellois expérimenté. L’enjeu est énorme : si l’arrêt du 17 juin de la chambre des mises de Liège n’est pas cassé par la cour de cassation à Bruxelles, plus aucun citoyen n’osera encore déposer une plainte étayée contre un homme ou une femme politique, de peur de se faire débouter et se voir réclamer 3.000 euros

VU L’ENJEU DÉMOCRATIQUE DE CE DOSSIER, TRANSPARENCIA LANCE UN CROWDFUNDING POUR AIDER ROGER BOECKX À PAYER SES FRAIS DE JUSTICE POUR ALLER EN CASSATION. A SA DEMANDE, TOUT MONTANT EXCÉDENTAIRE REVIENDRA À TRANSPARENCIA. MERCI D’APPORTER VOTRE SOUTIEN, MÊME MODESTE, AU COMPTE  BE75 0017 9318 5951 (Transparencia/Anticor : communication fraude élections St Nicolas). LES PETITS RUISSEAUX FONT LES GRANDES RIVIÈRES !

Qui est Roger Boeckx et que reproche-t-il à Valérie Maes ?

Roger Boeckx, c’est un peu la « bête noire » du PS à Saint-Nicolas. Cet ex-ouvrier communal a déjà fait condamner Patrick Avril, l’ancien bourgmestre PS, pour avoir acheté avec des deniers publics les panneaux en bois utilisés lors de sa campagne électorale en 2004. Le 29 octobre 2018, Roger Boeckx, surnommé « le kamikaze » par ses amis, a déposé plainte contre la candidate bourgmestre Valérie Maes pour escroquerie, abus de biens sociaux, abus de confiance, détournement de personnel, fraude, faux et usage de faux et infraction à la législation sur les dépenses électorales.

Fondamentalement, Roger Boeckx reprochait trois choses à Valérie Maes. Premièrement, de s’être portée faussement malade durant plus de deux semaines (du 18 septembre au 5 octobre) auprès de son employeur, l’obscure intercommunale Finimo, dans le but de mener sa campagne électorale sur le terrain. Numéro un sur la liste PS, Valérie Maes convoitait le mayorat, qu’elle a finalement décroché le soir du 14 octobre 2018. « De nombreuses photos et de nombreux messages publiés sur Facebook par diverses personnes, dont Mme Maes sur son profil personnel et sur un groupe secret destiné aux élus et candidats PS de Saint-Nicolas, montrent sans la moindre ambiguïté qu’elle a organisé, planifié et effectué sa campagne électorale durant cette période d’indisponibilité, souvent pendant les heures de bureau », dit la plainte que Transparencia a pu consulter.

Par exemple le mardi 18 septembre à midi, des photos montrent Valérie Maes participant activement à sa campagne électorale lors d’un repas pour les pensionnés de Saint-Nicolas

organisé par l’administration communale. Or ce jour-là une réunion du conseil d’administration de Finimo était prévue et a été annulée par Valérie Maes elle-même pour cause de «maladie».

« L’autre véritable raison de l’annulation de cette réunion Finimo est révélée par Mme Maes elle-même sur le ‘groupe secret’ Facebook des élus et candidats PS: Mme Maes devait réceptionner les affiches électorales livrées fin d’après-midi par l’imprimeur au local de campagne » du PS de Saint-Nicolas, poursuit Roger Boeckx dans sa plainte.

Le 18 septembre à midi, Valérie Maes participe à un repas de campagne pour les pensionnés, alors qu’elle a fait annuler pour cause de «maladie» une réunion du CA de l’intercommunale Finimo, où elle travaille.

Roger Boeckx pointe également dans sa plainte le fait que Valérie Maes est la seule et unique employée de Finimo, intercommunale de financement pure (elle « gère » des participations dans le domaine de l’énergie) pour laquelle elle « télé-travaille ». Le numéro de téléphone fixe à Verviers renvoie vers le GSM de Valérie Maes. Le plaignant soupçonne un emploi quasi-fictif. Il considère que « les tâches de secrétariat du Conseil d’administration de cette intercommunale, dont le CA ne se réunit que huit fois par an (plus deux Assemblées générales), ne justifient manifestement pas un emploi de salarié à 4/5e temps ».

Enfin, Valérie Maes, « par le biais d’une convention léonine dont elle a imposé la signature à ses colistiers, a violé la loi du 7 juillet 1994 limitant les dépenses électorales communales et que par conséquent les comptes de campagne de Mme Maes peuvent être argués de faux », estime Roger Boeckx dans sa plainte. La candidate s’est retrouvée avec ses colistiers sur 50 bâches électorales pour seulement 2,21€ par bâche, alors qu’une bâche coûte 94,43€. Il considère que ce stratagème a permis à Valérie Maes d’éviter de trouer le plafond des dépenses électorales (1.254,72 € )en minimisant artificiellement ses coûts.

Tous ces faits précis mériteraient en effet qu’un juge d’instruction enquête à charge et à décharge sur cette affaire !

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