LES MAISONS DE LA PRESSE

Entrée du Club de la Presse à Mons

DANS CET ARTICLE, NOUS ALLONS NOUS PENCHER SUR UN ASPECT MÉCONNU DU MONDE JOURNALISTIQUE : LES MAISONS DE LA PRESSE ET LEURS INSTANCES. VOUS SOUHAITEZ NOUS AIDER POUR L’ENQUÊTE SUR LA TRANSPARENCE DE NOS ÉLUS ? EMPLOYÉ D’UN SERVICE PUBLIC, LANCEUR D’ALERTE, GRAPHISTE WEB, JURISTE, INFORMATICIEN, SECRÉTARIAT, DESSINATEUR, ANALYSTE DE DONNÉES, CHACUN À UNE PLACE CHEZ NOUS  : INSCRIVEZ VOUS ICI

A l’heure où les citoyens s’interrogent de plus en plus au sur les liens entre le monde politique et les journalistes, où nombre de ces derniers finissent par faire carrière dans un parti ou dans un cabinet, il nous a paru intéressant d’examiner les conseils d’administration des maisons de la presse, organismes peu connus du grand public, pour faire le point sur leur politisation.

En Belgique francophone, il en existe huit : quatre en Wallonie et autant à Bruxelles. Ces lieux jouent divers rôles : espaces de rencontres, mise à disposition de locaux et de matériel pour des conférences de presse, mise à disposition de matériel informatique, centre d’archives médias, formations… Certaines d’entres-elles sont réservées uniquement aux professionnels, d’autres sont ouvertes aux étudiants en journalisme et à la jeunesse (initiations aux médias). Ces maisons sont organisées en ASBL.

Afin de mieux les appréhender, nous nous sommes penchés plus particulièrement sur trois d’entre-elles, celles dont les actes au Moniteur belge étaient les plus complets : le Club de la Presse du Hainaut à Mons, la Maison de la Presse à Charleroi et la Maison de la Presse et de la Communication à Liège.

LE CLUB DE LA PRESSE À MONS

Fondée en 1979 par le journaliste Jean-Claude Maréchal, cette ASBL compte au total une septantaine de membres. Son conseil d’administration (dont les mandats sont gratuits) est composé de deux catégories d’administrateurs. Dix sièges (la majorité) sont attribués à des professionnels issus du monde des médias et sept autres sièges sont attribués à des administrateurs privés. Parmi ces derniers, deux sièges sont réservés à la Ville de Mons et deux autres sièges à la Province de Hainaut, partenaires historiques de l’association.

Actuellement, parmi les mandats réservés à la Ville et à la Province, on trouve des responsables de la communication de ces niveaux de pouvoir respectifs. Benoît Liénard s’occupe de l’audiovisuel au Service de Communication provincial, Joël Delhaye est Directeur du même service et Conseiller communal PS à Jurbise et Juliette Picry est porte-parole de la Ville de Mons. Caroline Garin, quant à elle, a exercé la fonction de Chargée de Communication auprès du CPAS de Mons avant d’en être promue Cheffe de Cabinet en 2017. Elle a été désignée administratrice au Club de la Presse en 2012, à l’époque où elle était donc Chargée de Communication.

Il est à noter aussi qu’antérieurement, on retrouve dans la catégorie des administrateurs privés des noms tels que Maurice Lafosse (ex Bourgmestre de Mons), Bernard Beugnies (conseiller communal de 1976 à 2012, échevin puis conseiller provincial, présent au sein du CA déjà en 2000 et jusqu’en 2004) ou Marc Barvais (Président du CPAS) désigné à partir de 2003 jusqu’en 2011. De même, on trouve déjà trace en 2000 de la désignation de Jacques Hamaide (échevin puis conseiller communal CDH jusqu’en 2006), qui siège toujours actuellement. Dans le passé, des politiciens ont donc été administrateurs du Club de la Presse pendant leur mandat électif.

Interrogé à propos de cette collaboration avec la sphère politique locale, le Bureau de Gestion du Club de la Presse nous a répondu ceci : « Les professionnels (journalistes et communicants) disposent de la majorité des sièges, ce qui exclut toute tentative de mainmise par le monde politique, économique, syndical… Les rapports que l’ASBL entretient depuis toujours avec la Ville et la Province sont donc strictement matériels : prêt de locaux et subventions. Il en va de même pour des milliers d’associations dans ce pays. Le travail réalisé quotidiennement par les journalistes montois montre parfaitement leur indépendance. » Le Bureau précise encore que « Le Club de la Presse de Mons est une petite association privée qui n’a d’autre but que de servir ses membres et d’animer le tissu social dans lequel elle évolue, à travers les médias et la communication. Notre association est honorablement connue à Mons et dans sa région« .

Il existe aussi une ASBL « Les Amis de la Maison de la Presse du Hainaut« , qui a été créée pour distinguer les activités statutaires et des événements plus festifs : repas, bar, journées familiales… Mais l’association ne dispose plus aujourd’hui des locaux qui lui permettraient d’organiser de telles manifestations.

LA MAISON DE LA PRESSE ET DE LA COMMUNICATION À LIÈGE

La première chose à préciser, c’est qu’elle n’a pas répondu à nos questions. Les informations qui suivent sont donc basées uniquement sur la consultation de son site internet ou des actes publiés aux annexes du Moniteur belge.

C’est la plus ancienne des quatre maisons de la presse wallonnes. Elle a été fondée en 1975, avec le soutien de la Ville de Liège. C’est aussi la plus conséquente : elle compte pratiquement un millier de membres (500 journalistes, 300 membres adhérents (personnes et entreprises) et 170 communicants) et elle collabore avec différents partenaires. En ce qui concerne les membres adhérents, il s’agit de « personnes physiques ou morales qui souhaitent aider l’association, être informées de la vie de celle-ci sans nécessairement participer à ses activités » (art. 15 des statuts du 11/06/2018). Les membres effectifs, qui eux composent l’Assemblée générale, doivent être journalistes professionnels (y compris les journalistes pensionnés actifs), stagiaires, membres de l’Union Professionnelle des Métiers de la Communication (UPMC) ou communicants non membres de l’UPMC mais qui exercent ce métier à titre principal (art. 7).

Le Conseil d’administration actuel (dont les mandats sont gratuits) se compose de seize administrateurs répartis en trois catégories. Huit sièges sont octroyés à des journalistes professionnels, quatre sièges sont attribués aux communicants membres de l’UPMC et quatre autres sièges sont occupés par les communicants qui représentent des institutions liégeoises (l’ULg, la Haute école de la Province de Liège, la Ville de Liège et la Province) (art. 31). Au moment de la publication des derniers statuts, la Province n’avait pas encore désigné son représentant. En ce qui concerne la Ville, sa représentante est Laurence Comminette, qui est Responsable de la Communication au Cabinet du Bourgmestre Willy Demeyer.

Nous avons examiné aussi les statuts antérieurs et la compositions des anciens CA (entre 2006 et 2015). Nous n’y avons repéré aucun élu en fonction. En ce qui concerne les collaborateurs de cabinet, on peut y voir le nom de Marcelino Argüelles, actuel Chef de Cabinet de l’échevine Julie Fernandez-Fernandez mais il faut préciser qu’il a été nommé administrateur en 2006, avant son changement de carrière (en 2007). Parmi les administrateurs proches de la Ville de Liège et de la Province à la même époque, on trouve également les noms du couple de gérants-concierges de la Maison de la Presse, Marcie Bonivers et André Evrard. La première était agente de la Ville et le second de la Province.

LA MAISON DE LA PRESSE À CHARLEROI

Alors que les maisons de la presse de Liège et de Mons comptent des administrateurs issus de la sphère politique, celle de Charleroi a fait des choix plus radicaux. Tout d’abord, selon selon ses statuts, « les membres effectifs doivent exercer une activité principale de journaliste professionnel ou être journalistes (pré)pensionnés. Peuvent également être admis les candidats exerçant ou ayant exercé une activité professionnelle au sein d’un organe de presse, en lien direct avec sa Rédaction » (art. 6 des statuts du 18/07/2006). Les membres effectifs doivent donc être ou avoir été journalistes professionnels. Mais en 2011, l’association va encore plus loin et décide d’exclure du CA « les membres de l’Assemblée générale qui briguent ou exercent officiellement un mandat électif politique » (art. 26 §3.1 des statuts du 26/09/2011) ainsi que « les membres de l’AG dont la fonction n’est pas liée à l’information ou à la communication » (art. 26 § 3.2). Pas de politiciens au sein du CA donc et aucun membre de cabinet non plus. Nous avons interrogé la Maison de la Presse carolorégienne pour connaître les raisons qui l’avait poussé à prendre cette décision intéressante mais, malheureusement, elle n’a pas souhaité nous répondre sur ce point.

DES RELATIONS VARIABLES AVEC LE MONDE POLITIQUE

Toutes les trois publient avec régularité leurs statuts et la composition de leurs instances. On peut donc dire qu’elles font preuve de transparence. Ensuite, on peut remarquer que la collaboration de ces trois maisons de la presse avec la sphère politique est variable. A Charleroi, il n’y a aucun élu ou membre de cabinet dans le CA. A Liège, on note la présence de l’attachée de presse du Bourgmestre et à Mons, il y a un ex élu, un élu en fonction (qui exerce un emploi en rapport avec la communication) et la cheffe de cabinet du CPAS (nommée administratrice avant d’entrer au cabinet). A propos de Mons, on peut encore ajouter que les liens avec le monde politique sont moins étroits aujourd’hui que dans les années 2000-2010.

Pour la bonne information de nos lecteurs, il nous paraît intéressant de préciser que nos questions n’ont pas reçu du tout un bon accueil. On nous a reproché d’être « inquisiteurs« , de « fantasmer sur des pratiques très éloignées de la réalité« . « Évitons de sombrer dans la suspicion généralisée que laisse entendre votre interrogatoire« , nous a répondu l’une des maisons de la presse. Liège a d’ailleurs refusé de nous répondre. Et nous l’admettons volontiers : nos questions étaient dérangeantes ! Mais notre but n’étais pas non plus de rédiger un article conciliant. Les questions « qui dérangent » ont leur intérêt si elles ont pour vocation d’informer : « Les journalistes recherchent la vérité « (art. 1 du Code de déontologie journalistique) et même si nous ne sommes pas des professionnels, notre démarche s’inscrit dans cet esprit. Par ailleurs, si nous avions voulu fantasmer, nous n’aurions pas pris la peine de leur donner la parole. Au contraire, nous avons choisi de retranscrire des faits vérifiables, sourcés par des documents officiels, et de citer au mot près les réponses qui nous ont été fournies, ceci sans émettre d’avis ou de jugement.

Et maintenant, c’est à vous, lecteurs, de vous faire votre propre opinion…

 

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